Jeanne d'Arc//
Jeanne d’Arc qui, grâce à la documentation d’une exceptionnelle richesse constituée par les dossiers de ses deux procès (condamnation en 1431, réhabilitation en 1456), est l’un des personnages les mieux connus du XVe siècle reste pourtant mystérieuse. Cela tient d’abord au contraste qui rend son action et les sources historiques qui la présentent déconcertantes. Paysanne qui ne sait ni lire ni écrire, dont tout le bagage savant se limite à la récitation du Pater, de l’Ave et du Credo et aux échos de sermons et de conversations entendus, elle se porte (l’initiative de son action paraît bien lui revenir) au premier rang de la société.
La vie de Jeanne d'Arc //
Jeanne est née probablement le 6 janvier 1412 dans un bourg du Barrois, Domrémy. Ses parents étaient des «laboureurs», c’est-à-dire des paysans assez aisés. Le nom de famille est écrit dans les documents d’époque Darc, Tarc, Dare, Day, etc. Le nom de Jeanne d’Arc apparaît pour la première fois dans un poème en 1576. De son enfance on connaît ce qu’elle-même et certains témoins en ont évoqué aux procès: sa dévotion, marquée par l’enseignement des ordres mendiants (confession et communion fréquentes, pratique des œuvres de miséricorde – surtout aumône aux pauvres –, culte spécial à certains saints et surtout à la Vierge et au nom de Jésus qu’elle prononcera sur le bûcher). Domrémy, dans la vallée de la Meuse, était situé sur une route fréquentée par les marchands, les pèlerins, les clercs voyageurs, les soldats – le monde médiéval de la route, colporteur de nouvelles, de légendes et d’histoires plus ou moins savantes qui se mêlaient au fonds traditionnel local.
Les événements qui touchent Jeanne sont liés à la guerre de Cent Ans. Au lendemain du traité de Troyes (1420) et de la mort de Charles VI (1422), le royaume de France est divisé entre un roi légal, l’Anglais Henri VI – un enfant – qui, de Paris, ne tient que la France du Nord et doit beaucoup au soutien du duc de Bourgogne, et un roi qui se dit seul légitime, le dauphin Charles, «roi de Bourges», qui tient le Midi. Domrémy se trouve à la frontière entre les deux France et, dans la châtellenie de Vaucouleurs, non loin des possessions bourguignonnes et de l’Empire, c’est un des rares bourgs qui, dépendant du roi de France, soit resté fidèle à Charles. En 1425, les habitants doivent abandonner une première fois le village devant la menace bourguignonne et, en 1428, quand les Anglo-Bourguignons mettent le siège devant Vaucouleurs, qui résiste, Jeanne, avec les siens, se réfugie à Neufchâteau. C’est dans ce contexte qu’elle a commencé à entendre des « voix » – celles de saint Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite – qui lui ordonnent d’aller en France, d’en chasser les Anglais et de faire sacrer Charles à Reims. Les Anglais en Angleterre, les Français en France, et le roi légitime sacré à Reims, en signe de lieutenance du vrai roi, Dieu: voilà l’essentiel du modèle de « monarchie chrétienne nationale » reçu par Jeanne. Après de longues hésitations, aidée par un parent, elle va trouver en mai 1428 le représentant du roi à Vaucouleurs, le capitaine Robert de Baudricourt, qui la traite de folle et la renvoie chez elle. Désormais elle sera aidée par des gens qui croiront en la réalité de sa mission et de ses voix, et elle se heurtera à l’incompréhension ou à l’hostilité de ceux qui la croiront folle, ou intrigante et menteuse, ou pis encore sorcière. Entre les deux, beaucoup hésiteront à se prononcer, oscilleront entre l’indifférence, la méfiance ou un intérêt sceptique. C’est qu’une longue tradition médiévale fait surgir un peu partout – et plus que jamais en ce début du XVe siècle à la faveur de la guerre, de la peste, du schisme – des prophètes savants ou populaires que l’Église rejette pour la plupart dans les cohortes maudites de Satan: sorciers ou pseudo-prophètes. Tel est le monde interlope, social et mental, dans lequel se trouve Jeanne en 1428-1429.
Le 12 février 1429, elle fait une nouvelle tentative auprès de Baudricourt. Sous la pression de partisans de Jeanne, après une séance d’exorcisme d’où elle sort victorieuse, Baudricourt cède. Il lui accorde une escorte armée. En onze jours la petite troupe, partie le 13 février de Vaucouleurs par la porte de France, arrive à Chinon, résidence du « roi » Charles. Celui-ci, très réticent, la reçoit le 25 février au soir. Elle passe l’épreuve avec succès, reconnaît le roi parmi son entourage et, dans un entretien particulier, le convainc de sa mission par un « signe » qu’elle refusera toujours de révéler au procès. Charles la soumet à l’interrogatoire des théologiens de l’université de Poitiers. Elle leur fait quatre prédictions: les Anglais lèveront le siège d’Orléans, le roi sera sacré à Reims, Paris rentrera dans l’obéissance au roi, le duc d’Orléans reviendra de sa captivité en Angleterre. Après un examen de virginité et une enquête de moralité, Jeanne, par une décision de Charles en conseil, est autorisée à participer aux opérations militaires. Munie d’une bannière (avec l’inscription « Jhesus Maria »), d’un prénom, d’une armure complète et d’une épée trouvée, sur ses indications, en la chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois près de Tours, d’un écuyer, de deux pages, et d’un religieux augustin comme chapelain, elle prit part aux opérations qui aboutirent à la levée du siège d’Orléans par les Anglais, le 8 mai 1429. Ce fut ensuite la reprise de Jargeau, de Meung, de Beaugency, la victoire de Patay, le 18 juin. Son nom se répandit dans toute la France. Jean Gerson, chancelier de l’Université de Paris, dans un petit traité du 14 mai, se prononça en faveur de la mission divine de Jeanne, et Christine de Pisan, dans un poème du 31 juillet, voyait en elle la réalisation des prophéties de la Sibylle, de Bède et de Merlin: la France sauvée par une vierge.
Le 17 juillet, Charles VII fut sacré par l’archevêque de Reims selon le cérémonial traditionnel. Jeanne se tenait près du roi, avec sa bannière dont elle dira qu’« ayant été à la peine, il était juste qu’elle fût à l’honneur ». Jeanne allait échouer dans sa troisième prédiction. L’armée commandée par le duc d’Alençon livra le 8 septembre un assaut contre Paris, qui fut repoussé, dans lequel Jeanne fut blessée. Des opérations limitées auxquelles participa Jeanne aboutirent à la reprise de Saint-Pierre-le-Moûtier, mais à un échec devant La Charité-sur-Loire (décembre). Le 24 décembre, Charles VII anoblit Jeanne et sa famille.
Les Batailles: La Libération d'Orléans //
La cité d'Orléans est assiégée par le capitaine anglais Salisbury depuis octobre 1428 se trouve réduite à la famine.
Le 29 avril 1429, à la tombée de la nuit, sans opposition des Anglais, Jeanne entre dans Orléans par la seule porte restée libre. Elle loge dans la maison de Jacques Boucher, le trésorier du Duc d'Orléans.
Le 30 avril, le conseil se réunit et somme les Anglais de quitter la ville. Ils répondent par des injures.
Le 4 mai, la présence de Jeanne encourage les armées françaises. De nombreux capitaines accourent se ranger sous sa bannière.
Le 7 mai, Jeanne attaque elle-même le boulevard des Tourelles, mais sa poitrine est percée d'un trait. On sonne la retraite. Jeanne s'y oppose, repart, entraîne tout le monde : le boulevard est pris, puis le fort. Jeanne rentre à Orléans par le pont comme elle l'a prédit le matin.
Le 8 mai, les deux armées sont en présence. La Pucelle commande de célébrer la messe sur place. Celle-ci finie, les anglais fuient. La ville est délivrée, une procession d'action de grâce est organisée.
Depuis 1430, à quelques exceptions près, Orléans a toujours fêté avec ferveur son héroïne chaque année.
Ce fut ensuite la reprise de Jargeau, de Meung, de Beaugency, la victoire de Patay, le 18 juin.
L’armée commandée par le duc d’Alençon livra le 8 septembre un assaut contre Paris, qui fut repoussé, dans lequel Jeanne fut blessée. Des opérations limitées auxquelles participa Jeanne aboutirent à la reprise de Saint-Pierre-le-Moûtier, mais à un échec devant La Charité-sur-Loire (décembre).
Le procès de Jeanne d'Arc //
Le 23 mai, alors qu’elle tentait de faire lever le siège de Compiègne, elle fut faite prisonnière par les hommes de Jean de Luxembourg, condottiere au service du duc de Bourgogne. L’archevêque de Reims, Regnaut de Chartres, qui administrait pour Charles VII les régions conquises, écrivit aux Rémois pour les rassurer. La prise de la Pucelle, disait-il, ne changeait rien: déjà un jeune berger du Gévaudan venait de se manifester qui en ferait autant qu’elle. Tout le contraste est là, entre le «rationalisme» du clerc savant et la croyance populaire. Jeanne va en mourir.
Jeanne échoua dans une tentative d’évasion du château de Beaulieu-en-Vermandois, elle se jeta du haut d’une tour, ce qui lui fut reproché à son procès comme une tentative de suicide. Dès le 26 mai, l’Université de Paris avait réclamé qu’elle fût jugée comme hérétique par le tribunal de l’Inquisition. Ce corps, représentant suprême en France de la culture et des préjugés savants et de la collaboration avec les Bourguignons et les Anglais, s’avérait être le principal ennemi de Jeanne. Les Anglais, qui voulaient la condamnation de Jeanne, l’achetèrent à Jean de Luxembourg, mais la remirent à la justice d’Église, tout en déclarant qu’ils la reprendraient si elle n’était pas déclarée hérétique. Un tribunal ecclésiastique fut constitué, par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, diocèse sur le territoire duquel Jeanne avait été prise; son diocèse étant aux mains des Français, cet universitaire parisien, devenu une créature des Anglais, était replié à Rouen. Il s’adjoignit, malgré les réticences de celui-ci, un dominicain, frère Jean le Maître, vicaire de l’inquisiteur de France à Rouen. Ce furent les deux seuls juges de Jeanne, entourés d’un certain nombre de conseillers et d’assesseurs à titre consultatif.
Le procès de Jeanne fut donc un procès d’« inquisition en matière de foi ». On lui reprochait le port de vêtements d’homme, qui tombait sous le coup d’une interdiction canonique, sa tentative de suicide, ses visions considérées comme une imposture et un signe de sorcellerie, son refus de soumission à l’Église militante, et divers griefs mineurs. Le procès s’ouvrit à Rouen le 9 janvier 1431. Malgré quelques entorses aux règlements ou à la tradition, il est conforme à la légalité inquisitoriale, les juges se montrant soucieux de se mettre à l’abri de cas d’annulation. La partialité se manifestera surtout dans la façon de conduire les interrogatoires et d’abuser de l’ignorance de Jeanne. Des déclarations de celle-ci on tire douze articles soumis à l’Université de Paris qui, le 14 mai, en assemblée solennelle, ratifie les conclusions des facultés de théologie et de droit. Les théologiens ont déclaré Jeanne idolâtre, invocatrice de démons, schismatique et apostate. Les canonistes l’ont dénoncée comme menteuse, devineresse, très suspecte d’hérésie, schismatique et apostate. Ou elle abjurera publiquement ses erreurs, ou elle sera abandonnée au bras séculier. Dans un moment de faiblesse, Jeanne, qui a résisté aux menaces de torture, « abjure » le 24 mai au cimetière de Saint-Ouen. Elle se ressaisit bientôt et, en signe de fidélité envers ses voix et Dieu, elle reprend le 27 mai ses habits d’homme. Un nouveau procès est expédié et, le 30 mai 1431, Jeanne hérétique et relapse, est brûlée sur le bûcher sur la place du Vieux-Marché de Rouen.
Verdict qu’Ysambart de la Pierre rendait sur tout le procès : " Il y eut qui rendirent leur sentence par espoir de quelques faveurs ; d’autres par haine et par esprit de vengeance ; d’autres parce qu’ils avaient été payés ; quelques uns par peur. " Voici ce qui résume très bien l’énorme complot érigé
contre Jeanne d’Arc.
Voici les dernières paroles de Jeanne d’Arc : « Jésus! Jésus! Jésus! Je ne suis ni hérétique, ni une schismatique. Oh saints du paradis! Saint Michel! Sainte Catherine! Sainte Marguerite! Mes Voix furent de Dieu. Tout ce que j’ai fait fut de l’ordre de Dieu. Mes révélations étaient de Dieu. Jésus!… » Jeanne d’Arc, dit la Pucelle, venait de mourir.
Une « sainte » jeune fille venait d’être sacrifiée car elle était devenue un danger politique ; on la craignait parce qu’elle avait combattu contre des hommes et on était jaloux de ses succès. Son corps avait été brûlé mais, selon des témoins, son cœur demeura rouge, couleur du sang. Le bourreau prit peur et jeta ses restes dans la Seine.
En 1455, à la demande de la mère de Jeanne, débuta un nouveau procès d’inquisition, où le nouveau grand inquisiteur de France, le dominicain Jean Bréhal, se dépensa en faveur de la mémoire de Jeanne. Le 7 juillet 1456, dans la grande salle du palais archiépiscopal de Rouen, les commissaires pontificaux, sous la présidence de Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, déclarèrent le procès de condamnation de Jeanne et la sentence « entachés de vol, de calomnie, d’iniquité, de contradiction, d’erreur manifeste en fait et en droit y compris l’abjuration, les exécutions et toutes leurs conséquences » et, par suite, « nuls, invalides, sans valeur et sans autorité ». La décision fut publiée solennellement dans les principales villes du royaume. Décision d’annulation, purement négative, qui se contentait de lever une hypothèque sur le destin posthume de Jeanne.
Au lendemain de sa mort son souvenir fut tantôt honoré, tantôt exploité, bien que, à la cour et au sommet de la hiérarchie ecclésiastique, on fût porté à faire silence sur elle pour attribuer à Dieu seul et à son intérêt pour la monarchie française les événements provoqués par l’action de Jeanne. Des villes comme Bourges et surtout Orléans firent célébrer une messe de requiem à l’anniversaire de sa mort. À Orléans, une pièce de théâtre, ébauchée en 1435-1439, mise en forme en 1453-1456, le Mistère du siège d’Orléans, fut jouée à plusieurs reprises.
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